Enfin la rentrée !

Après l’agitation estivale, rien ne vaut une séance de cinéma pour se poser, se retrouver. Et pour accompagner ce retour, rien ne saurait égaler un film de Yasujirō Ozu, l’immense cinéaste japonais.

Pour Ozu, l’accomplissement de l’art cinématographique se trouve dans l’épure et dans le refus de tout maniérisme en recherchant la pureté du trait comme dans le Shodo, la voie de l’écriture. Ses films sont au cinéma ce que le haïku est à la poésie. Toujours à hauteur d’homme, son cinéma si profondément japonais parvient à l’universalisme humaniste à travers son refus du spectaculaire et de l’extraordinaire pour privilégier au contraire les gens ordinaires. Filmant au « ras des tatamis » comme il aimait à le dire lui-même, Ozu a toujours fait montre d’une immense modestie, en s’effaçant devant ses personnages saisis dans la banalité de leur quotidien mais dans une société travaillée par les mutations engendrées par le développement économique. Négation absolue et aboutie du narcissisme des « auteurs » qui caractérise hélas si bien la modernité au cinéma, les films d’Ozu permettent assurément de se laver les yeux, de respirer profondément (avec le ventre !). Pour parcourir son œuvre : un cycle de six de ses films entre Voyage à Tokyo (1953) et son dernier, Le goût du saké (1962).

Fort heureusement, tous les films d’aujourd’hui ne souffrent pas d’hypertrophie formelle et d’onanisme (qui rend sourd aux autres !). Nous pouvons faire confiance à Woody Allen pour nous embarquer dans une de ses histoires simples et cocasses dont il a le secret depuis tant d’années : Un jour de pluie à New-York ne saurait déroger à la règle.

Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma a obtenu, au dernier festival de Cannes, le prix du scénario. Si le film est fort bien écrit, c’est sa mise en images qui ravira les spectateurs : plans parfaitement construits et éclairés, fluidité des raccords, discrétion de la caméra, bref une parfaite adéquation entre le récit (une belle histoire d’amour à la fin du XVIIIe siècle mais avant les bouleversements de la Révolution) et le classicisme de la mise en scène. D’autant que si Céline Sciamma est d’évidence amoureuse de ses personnages (et des actrices qui les incarnent), elle nous épargne les scènes de sexe et refuse toute concession à l’impératif contemporain du tout montrer

Depuis quelques années, les cinéastes islandais nous proposent de joyeuses comédies inscrites dans la réalité de leur pays avec également un regard bienveillant sur les petites gens. Après Béliers en 2015, Grímur Hákonarson nous revient avec MJÓLK, La guerre du lait. Guerre, conduite par une paysanne déterminée : soit une mère courage dans la campagne islandaise, une autre Woman at War (Benedikt Erlingsson – 2018)…

Le programme s’achèvera en beauté avec le Festival d’Amérique Latine. Et dès le 25 septembre, Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles en constituera une belle introduction.

Jean-Marie Tixier

Président de l’association Version Originale

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