“La liberté n’est pas l’absence d’engagement, mais la capacité de choisir.” Paulo Coelho

Choisir...

L'espace du programmateur d'un cinéma plein de désirs comme le nôtre, est celui du risque et du possible. C'est une belle histoire à laquelle par vos élans ou vos résistances, vous, public, vous participez. Pourquoi ne pas pour une fois, vous la raconter ? Vous dire qu'il est terrible parfois, le petit bruit du choix et de la responsabilité, dans un coin de la tête... D'un côté, il y a le flot de films qui pourraient s'installer sur l'écran. Certains mois, ils sont nombreux à correspondre à nos envies. Il y a les désirs qui se bousculent de vous offrir ces milliers d'images qui nous interpellent. De l'autre côté, il y a le réel, nos trois salles, des plages horaires incompressibles et l'espace du rêve qui se rétrécit. Il faut donc choisir. Et penser à vous, beaucoup. Ce public pluriel que vous êtes, dont les facettes sont innombrables. On s'interroge... Devant quel film frémiront-ils ? Devant lequel souriront-ils ? Lequel d'entre eux les appellera-t-il irrésistiblement ? Comment ne pas les décevoir ? Comment susciter leur curiosité ? Quel risque prendrons-nous pour générer l'arrivée du possible ?
Certains films sont incontournables : pas question de vous priver du dernier Woody Allen, du dernier Almodovar, du dernier Ken Loach, par exemple, ou comme ce mois-ci du dernier Scorsese (Silence) que nous sommes les seuls à avoir en sortie nationale sur le BAB. Ou encore du Lucas Belvaux (Chez nous), du Pablo Larrain (Jackie), du Jeff Nichols (Loving). On est presque heureux de n'avoir pas le choix et on espère juste que vos cinéastes préférés vous donneront les frissons habituels.
Certains films, plusieurs d'entre vous nous les ont demandés, les voilà : La communauté de Vintenberg, Harmonium Prix du Jury de la sélection Un certain Regard à Cannes, Manchester by the sea que vous voulez voir en VO. Car la mission d'un programmateur c'est aussi d'être à votre écoute. Et les films qu'on désire vivent bien au-delà de leur sortie nationale.
Mais tous les autres, ceux que vous n'attendez pas ? Ils nous font des clins d'œil pour qu'on les découvre d'abord, pour qu'on les aime ensuite, pour des raisons parfois si différentes. Plusieurs ont ce petit quelque chose qui bouscule notre indifférence et que nous voudrions partager avec vous.
Parfois, certains s'imposent. Depuis 14 ans, nous commençons à vous connaître un peu. Nous savons que vous aimez la musique, la peinture, la littérature, la danse, l'art en général. Ainsi vous découvrirez ce mois-ci Paula, un beau film sur la peintre Paula Becker, au regard précurseur, avant de découvrir le mois prochain le dernier film de Wajda Les fleurs bleues sur le peintre polonais Wladyslaw Strzeminski. Ainsi vous aurez la chance lors d'une soirée exceptionnelle de rencontrer l'incroyable Médéric Collignon et le réalisateur du film qui lui est consacré. Une soirée "Musique" comme le mois dernier. Nous espérons aussi que vous ne manquerez pas la rencontre avec Roland Kermarec spécialiste de David Lynch, à l'occasion de la sortie du documentaire David Lynch, the art life. L'opportunité de découvrir le cinéaste, peintre lui aussi, sous un autre jour.
Et puis il y a des films dont vous ne connaissez peut-être pas les réalisateurs, qui nous viennent de partout : d'Allemagne (Fukushima mon amour, tourné au Japon...), d'Italie (Les confessions), de Belgique (Noces), des Etats-unis (American Honey, Moonlight), du Danemark (Les oubliés), d'Argentine (Citoyen d'honneur), de France (Une vie ailleurs), du Japon (Your name)... dont nous aimerions tant que vous les découvriez. Le programmateur voudrait sans cesse vous emmener dans des voyages. Prendrez-vous avec lui le bateau, "au moins pour voir" ? Pour les mêmes raisons, nous avons imaginé d'autres moments de rencontre et de chaleur humaine avec des films qui permettent de garder les yeux ouverts : quatre soirée consacrées au Festival International du Film des Droits de l'Homme et une soirée qui promet d'être tonique avec Olivier Azam le réalisateur du film La cigale, le corbeaux et les poulet. Une "comédie documentaire", drôle et nécessaire.
Une fois les choix faits, sur l'écran, se jouera  le dernier instant, le plus important, celui de votre surprise, si vous avez eu envie de passer le seuil... Car, “Quand le public n'est pas là, il manque un personnage.” comme l'écrit Jules Renard dans son Journal. Et c'est bien lorsque les spectateurs lui font confiance et tentent... qu'elle disparaît la solitude du programmateur qui ne souhaite pas seulement des entrées, mais espère l'échange, la surprise et le plaisir. En fait, il est déjà avec son public, lorsqu'il choisit parce qu'il lui faut choisir et qu'il ne peut pousser les murs, même s'il en a souvent envie... On sait qu'il faut accepter, au-delà des contraintes, qu'il y ait toujours un peu de mystère dans chaque choix que la vie nous oblige à faire... Un mystère à partager. Etre curieux même si l'on se trompe comporte moins de risque que de passer à côté du possible... 
                                                                                                              Corine