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"Trébuche, relève-toi, cours, enfant nu que l'on accable de pierres. " Yves Bonnefoy
La vie debout
On
tombe… On tombe amoureux, on tombe enceinte, on tombe malade, on
tombe sur quelqu'un, on tombe dans un piège. Certains vous
laissent tomber. On tombe mal, on tombe bien. On tombe de haut. On
tombe des nues. On laisse tomber. On tombe entre les mains. Et des mots
tombent dans l'oreille de sourds. Nos espoirs tombent en ruines. On
tombe dans l'excès. On tombe en panne et dans le domaine public.
Un jour, le rideau tombe…
Comme si la vie des hommes était une chute permanente. Les
feuilles aussi tombent en automne. La foudre, sur nos toits
effarés. Et la pluie. Et la nuit. Le ciel nous tombe sur la
tête et les bras nous en tombent. Le sol dur et fracassant nous
attire-t-il ou bien cherchons-nous la chaleur de la terre et des
racines ?
Même si ce terme dans notre langue, nous rapproche de celui qui
évoque le gouffre final et la tombe qui sera notre dernier abri,
est-ce si dramatique de tomber ?
L'abîme ne s'ouvre pas forcément sous nos pieds. La chute n'est pas inévitablement fatale.
Le mot oscille entre négatif et positif. Il dit la vie et ses paradoxes.
Parfois, les barrières tombent et les chemins s'ouvrent. Parfois
aussi, on tombe le masque. On tombe juste. On tombe d'accord.
D’autres fois, on se fait mal et c'est l'effondrement, les
blessures, les douleurs. Nos genoux saignent comme ceux des enfants. Et
nos âmes. Et puis les ailes reviennent…
Parce que… comme l'écrit quelque part Félix Leclerc : "Tomber a été inventé pour se relever. Malheur à ceux qui ne tombent jamais.".
Si c'était cela devenir un Homme : apprendre à se relever
? Celui qui parvient à se relever n'est-il pas plus fort que
celui qui ne tombe jamais ? Celui-ci sans doute reste-t-il assis pour
ne pas risquer, peut-être est-il à genoux ou
peut-être rampe-t-il ? Et on ne l'envie pas. "Sept fois à terre, huit fois debout." dit un proverbe japonais…
C'est parce qu’on est debout qu’on tombe et tant
qu’à faire autant que ce soit du plus haut possible.
Tomber de haut donne à la chute sa grandeur et à la force
de se remettre sur pieds son importance. Les échecs nous
grandissent et même, ils n'existent pas : ils sont juste
leçon de vie pour avancer. La chute n'est qu'un épisode
avant l'envol, un simple mouvement à renverser. Quand on se sent
à terre, comme l'existence nous y projette parfois, sans
ménagement, il nous faut regarder vers le ciel, prendre appui
sur ce sol, sur sa dureté, en faire le levier de notre
résistance. Tant qu'il nous reste un souffle, ne laissons pas la
terre nous engloutir, juste caressons-là doucement de notre
corps.
Lus dans le métro, ces mots d'un poète : "La nuit ne tombe pas. Elle descend dans le jour”.
C'est pour ça qu'elle n'est jamais complète et
définitive, et que le jour finit toujours par
réapparaître. La nuit remonte, le jour se lève et
la lumière revient. "La nuit
n'est jamais complète./Il y a toujours puisque je le
dis,/Puisque je l'affirme,/Au bout du chagrin,/Une fenêtre
ouverte,/Une fenêtre éclairée./Il y a toujours un
rêve qui veille, /Désir à combler,/Faim à
satisfaire,/Un cœur généreux,/Une main tendue,/Une
main ouverte,/Des yeux attentifs,/Une vie : la vie à se partager." écrit Paul Éluard.
Comme le poète qui dit l'espoir... de ces chutes, de ces
mouvements qui nous malmènent, souvent le cinéma nous
parle. Il nous révèle le sens, nous montre des
trajectoires. Parfois la violence des chocs, parfois la douceur des
bras qui aident à se relever. On sait même que dans la
force des images et des mots de certains films qui nous ont
coupé le souffle, on a pu puiser l’énergie qui
permet de continuer à “vivre debout”...
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