"La véritable identité n'est pas celle qui est inscrite sur le passeport. Si je dois être citoyenne, je serai citoyenne du monde." (L'actrice et réalisatrice Hiam Abbass)

Cessez-le-feu

Des brasiers sous la cendre, des étincelles prêtes à s'enflammer au moindre souffle... Des mots qu'on nous balance, faits pour nous rassurer mais dont nous sentons bien qu'ils sont explosifs. Si l'on doit s'inquiéter, c'est bien de ce qui est censé nous tranquilliser... Dans les discours, plus ou moins clairement, on insuffle la peur de l'autre. Certains nous promettent l'identité et la sécurité. La Fontaine le disait déjà : "L'adversaire d'une vraie liberté est un désir excessif de sécurité." Quant à l'identité, elle se construit au contact de l'autre et se transforme, bouge, s'enrichit en permanence et tout au long de notre vie. Elle n'a rien de rigide ou de pétrifié, sinon, elle ressemble à la mort. Sinon elle mène à l'indifférence et à l'anesthésie, à l'individualisme forcené et dangereux.

Et si nous étions libres d'être généreux, en regards, en échanges, en temps, en accueil...? Généreux de nos enthousiasmes et même de nos colères si elles sont justes. La générosité n'est pas un gros mot. Un joli proverbe sibérien dit : "À celui qui frappe à la porte on ne demande pas : "Qui es-tu ?". On lui dit : "Assieds-toi et dîne". " Le cinéma, celui que nous montrons, est du côté de la diversité et du risque. Il ne dit pas "qui es-tu ?", car qui que tu sois, entre chez moi, installe-toi, et nourris-toi. C'est notre identité, c'est notre façon d'être sûrs que les portes restent ouvertes à la différence. Car sans différence, il n'y a pas d'identité. Ecouter la voix de l'autre ce n'est pas comparer son timbre ou sa sonorité avec la nôtre, c'est entendre le sens de ce qu'il dit, c'est se remplir de ses paroles pour s'augmenter.

"J'ai dit l'égalité. Je n'ai pas dit l'identité." écrivait Victor Hugo dans Quatre-vingt-treize. "La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité." renchérissait Antoine de Saint-Exupéry dans Pilote de guerre. Liberté, égalité... et fraternité... pour éviter la guerre et cesser les feux, sauf ceux qui sont de joie.

Lorsque la lumière s'éteint dans la salle, nous devenons "frères de regard", prêts à découvrir ensemble, au même moment, une parole autre qui nous emmènera plus loin. Nous faisons un petit bout de route ensemble. Le cinéaste nous invite à sa table et nous partageons les vivres qu'il nous offre. "Les vivres" au sens propre : ce qui permet de vivre, pleinement. Nous faisons des provisions d'existence. La salle de cinéma est un lieu du collectif et en ce sens un lieu d'espoir d'une réflexion à plusieurs, et d'actes possibles qui sortent du cocon individualiste.

Ce mois-ci, au Royal, une fois de plus, les occasions sont multiples de n'être pas seul : des avant-premières, bien sûr, à savourer avant tout le monde (Cessez-le-feu, Psiconautas, Lou Andréas-Salomé), mais aussi des soirées organisées avec nos partenaires, sur la mer et l'environnement avec Surf Session (Fish people), sur le génocide arménien avec Agur Arménie (Sans retour possible), sur l'école avec l'association Pour une éducation bien-Veillante (Une idée folle), un moment aussi pour donner aux enfants le plaisir de découvrir et de montrer leur production sur grand écran avec la médiathèque de Biarritz (Panique tous courts), des occasions pour partager le bonheur de la musique, à travers  des rendez-vous dorénavant réguliers et diversifiés (Massilia Sound System, Django). Et du 10 au 13 mai, il ne faudra pas manquer notre 10ème édition du Festival du cinéma russe, Kinorama. Nous avons la chance de recevoir le 10 mai un réalisateur russe (trois cinéastes viendront d’ailleurs à votre rencontre ce mois-ci). Des films aussi, à découvrir en famille : le très beau Mandy, La Fontaine fait son cinéma, Couleur de peau : miel, La jeune fille et son aigle qui nous vient de Mongolie et s’adresse aussi aux adultes...

Pour que cesse le feu des discours toxiques... et qu’existent les vrais combats, ceux de la solidarité.

                                                                                                        Corine