"La vérité existe. On n'invente que le mensonge." Georges Braque

 

Espèce menacée ?

 

"L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant." Cette phrase de René Char trouve tout son écho dans ce qui se passe depuis quelques mois autour de notre cinéma, dans notre chère ville de bord de mer. Après une campagne de diffamation qui a bruissé durant quelques semaines (attaques et menaces dont j'étais la cible), on apprend que se poursuivent de souterraines manœuvres : des lettres anonymes ont été envoyées en "haut lieu" pour tenter de générer la suspicion. La médiocrité n'a guère de limites mais nous n'avons pas de temps à perdre dans les méandres de la haine et de la lâcheté. Le bruit des rumeurs n'assourdit que si on l'écoute. Celui qui n’a pas le courage de signer se nie lui-même.

Concentrons-nous sur l'essentiel, laissons ceux qui n'ont d'énergie que pour détruire. Et l'essentiel, ce sont les actes qui se dressent face au mensonge et le détricotent. Si elle donne une raison de vivre à certains, la haine n'a jamais rien créé. En revanche, la passion intacte et la dignité permettent de continuer à avancer, à visage découvert, à regards ouverts. Même si, nous le savons, dès que l'on construit, on s'expose à l'excitation malveillante. Choisissons le ressenti plutôt que le ressentiment. La colombe plutôt que le corbeau... Répondons par l'indifférence au négatif et la bienveillance, par notre travail qui depuis tant d'années fait exister au cœur de la ville un lieu vibrant d'humanité où se retrouvent ceux qui comme nous, tout simplement, aiment le cinéma. Répondons par la générosité, si souvent oubliée...

C'est la rentrée. L'heure des projets. Et nous avons de bonnes nouvelles : bientôt du confort retrouvé dans nos salles, fauteuils, moquette et sanitaires neufs ; bientôt, notre équipe qui s'agrandit avec l’arrivée d’un nouveau directeur.

Nous avons toujours des idées plein la tête pour conserver l'élan et continuer à nous sentir humains. Pour refuser, toujours, d'être une espèce menacée et de laisser gagner le médiocre. Pour conserver la mémoire, regarder devant mais aussi derrière nous, ne jamais oublier ce que l'Histoire nous dit, ce que les êtres qui nous ont précédés nous apprennent. Le cinéma parvient à rendre visible la présence du souvenir. Les cinéastes nous donnent leur regard sur des hommes et des femmes qui ont existé, dans un passé plus ou moins proche. Ce mois-ci, ils s'appellent  Gauguin, Godard, Barbara,  Marx, Baldwin, Guggenheim... Ils ont écrit, peint, filmé ou chanté, laissé des traces dans lesquelles nous marchons encore. Ils s'appellent également Paul ou Gabriel, nous ne les connaissions pas, et leur histoire méritait d'être racontée. A leurs côtés voisinent des inconnus que le cinéma invente aussi parfois pour nous dire le réel. Par ailleurs, ce mois de septembre inaugure un cycle avec l'avant-première du film Une suite qui dérange : le temps de l'action. Cela nous permettra au fil des rencontres de mieux situer les enjeux climatiques, grâce à quelques films éclairants.

L'espèce ne sera pas menacée si elle essaie de comprendre, de combattre l'ignorance, de mettre bout à bout les pièces du puzzle. Les cinéastes nous font le cadeau de quelques-unes de ces pièces qui nous permettent d'apprendre les gestes qui sauvent. Bien sûr, il y en a d'autres : les livres et toutes les formes d'art, l'échange, la réflexion, la connaissance. Notre cinéma oeuvre à faire des correspondances entre ces différentes approches sensibles. La vérité est faite d'éléments à rassembler, pour la cohérence. Chercher, trouver les liens. Nous ne sommes pas des îles isolées. Nous sommes les parties d'un tout.

Et nous gardons une conviction : nous avons entre les mains un petit bijou à préserver dont la réputation d'après les professionnels, dépasse largement les frontières de Biarritz. Il relie, depuis 14 ans déjà, des dizaines de milliers de personnes, crée des rencontres qui nous enrichissent. Même dans les tempêtes, il ne tangue pas...

Certes, le combat de la culture n'est jamais gagné... Nous savons qu'il nous faut, par exemple, lutter sans cesse contre les difficultés économiques qui nous atteignent comme elles atteignent beaucoup d'autres. Le président de l’AFCAE (Association Française des Cinémas d’Art et essai) parle de 25 à 50% de chutes d’entrées dans le premier semestre 2017...

Mais avec vous, qui continuerez à nous suivre et à nous soutenir parce que vous connaissez la valeur d'un tel lieu, nous continuerons à faire bouillonner de passion et d'imagination ce véritable creuset dont nous sommes fiers, et que nous avons la chance d'avoir à Biarritz.

                                                                        Corine