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L’AVEUGLEMENT (BLINDNESS)...
Si tu peux voir, regarde.
Si tu peux regarder, observe.
Ce sont les mots mis en exergue par José Saramago à son
livre, L’aveuglement
dont Fernando Meirelles propose l’adaptation avec Blindness.
Avez-vous lu José Saramago, écrivain portugais, Prix
Nobel de littérature en 1998 ? Un style, un rythme personnels
pour nous donner à voir la nature humaine. Des paraboles, des
métaphores qui ne laissent pas indemnes...
Dans L’aveuglement, il imagine un monde frappé de
cécité... Et si c’était déjà
le nôtre ? Que voit-on ? Que ne voit-on pas ? Plus qu’une
perte physique de la vue, l’aveuglement évoque un trouble
et un obscurcissement de la raison... En 1996, l’écrivain
déclarait à Einaudi, son éditeur italien :
“La cécité, c’est la cécité de
la rationalité. Nous, nous sommes des êtres rationnels,
mais nous ne nous comportons pas de façon rationelle. Si nous le
faisions, dans le monde personne ne mourrait de faim.”
"Veux-tu que je te dise ce que je pense, Dis, Je pense que nous ne
sommes pas devenus aveugles, je pense que nous étions aveugles,
Des aveugles qui voient, Des aveugles qui, voyant, ne voient pas."
(extrait de L’aveuglement)
C’est bien de cela qu’il s’agit : une
métaphore de l’aveuglement, de tous les aveuglements. Que
l’on soit ou non d’accord avec son adaptation, on peut
comprendre que Fernando Meirelles ait eu envie de porter ce
message-là à l’écran... comme un
avertissement. Ouvrir les yeux enfin : la seule solution. mais en
sommes-nous capables ? Voilà une douloureuse interrogation...
L’écrivain donne les réponses qu’il peut
donner, le cinéaste aussi. Des mots, des images remplissent
notre espace, nous laissant face à nos questionnements de
citoyens, d’hommes. Sommes-nous plus
“observés” que nous observons ? La question peut se
poser... En 1948, Orwell s’interrogeait déjà dans
son oeuvre 1984... La novlangue dont il parlait n’existe-t-elle
pas ? On l’appellerait la “langue de bois” ?
"Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de
restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons
littéralement impossible le crime par la pensée car il
n'y aura plus de mots pour l'exprimer. Tous les concepts
nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul
mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les
significations subsidiaires seront supprimées et
oubliées. Déjà, dans la onzième
édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le
processus continuera encore longtemps après que vous et moi
serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le
champ de la conscience de plus en plus restreint". Quant à
l’invasion des “télécrans”, quant
à “Big Brother”, c’est de la pure
science-fiction... Orwell, Saramago : pessimistes ? Ou des mots
à relire pour ouvrir les yeux et faire de nos regards le point
de départ de l’action... pour que jamais cela
n’arrive... ? Ouvrir nos oreilles pour éviter aussi le
risque de surdité ?
“Pour ceux qui obstinément recherchent la liberté,
il ne peut y avoir tâche plus urgente que d'arriver à
comprendre les mécanismes et les méthodes de
l'endoctrinement. Ce sont là choses faciles à saisir dans
les sociétés totalitaires, elles le sont beaucoup moins
dans le système du ``lavage de cerveau sous régime de
liberté'' auquel nous sommes soumis et que nous ne servons que
trop souvent comme instruments consentants ou inconscients.”
Noam Chomsky, texte publié en... 1984.
Donc plus que “voyants”, soyons vigilants et ne fermons pas
nos oreilles et nos regards à ceux qui utilisent les mots, les
images de l’Art pour nous le dire...
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